Une plantation vue depuis la fenêtre d’un bus
J’ai longtemps confondu « vert » et « forêt ». La confusion s’est arrêtée derrière la vitre d’un bus, en Malaisie : des heures d’arbres alignés à intervalles réguliers, tous de la même taille, tous de la même espèce, du sol jusqu’à l’horizon. Aucun sous-bois, aucun oiseau. Personne autour de moi ne semblait trouver ça anormal, moi non plus au début, et c’est précisément ce qui m’a gêné.
Je m’appelle Arnaud Bruckler. Autant régler tout de suite la question qu’on me pose toujours en premier : qui paie ce site. Personne. Il n’a ni annonceur ni partenaire, il ne vend rien, et son financement vient d’ailleurs. Mon métier, depuis 2012 et en indépendant, c’est le référencement, sur une spécialité étroite qu’on appelle le netlinking : obtenir qu’une page soit citée par d’autres, assez souvent et assez bien pour que les moteurs la remontent. C’est pour cela que je passe une partie de mes journées à monter et entretenir un réseau de sites, sur commande, pour des entreprises qui n’ont rien à voir avec la forêt. Le métier m’a laissé une habitude que j’applique ici : ne rien publier que je ne sache d’où ça vient.
Mon Arbre Ma Tribu est parti de ce trajet en bus. Une plantation n’est pas une forêt, et l’écart entre les deux se mesure : nombre d’espèces, nombre de strates, état du sol, carbone stocké, faune présente. J’y ai réuni ce qui m’aurait été utile ce jour-là. On y trouve le détail des causes de la déforestation, l’inventaire des cultures qui y contribuent le plus, dont le palmier à huile, et ce que recouvre exactement le rôle des forêts, du climat à la biodiversité.
Nairobi : des girafes en ville, et mille hectares de forêt

Le Giraffe Centre est installé à Langata, à une vingtaine de kilomètres du centre de Nairobi. Fondé en 1979 par Jock et Betty Leslie-Melville, qui ont monté pour cela l’African Fund for Endangered Wildlife, il n’a ouvert au public qu’en 1983. L’objectif n’était pas de recevoir des visiteurs : il ne restait alors que cent trente girafes de Rothschild dans l’ouest du Kenya, sur un ranch en cours de morcellement. Le centre élève des animaux qui sont ensuite relâchés dans des parcs protégés. Se retrouver à hauteur de tête avec une girafe, c’est aussi se retrouver à hauteur de canopée, ce qui donne une idée assez juste de la taille des arbres qu’il lui faut.
Ce qui m’a le plus marqué à Nairobi n’était pourtant pas ce centre, c’était la ville elle-même. Nairobi possède une forêt de 1 041 hectares à l’intérieur de ses limites, la forêt de Karura, classée en 1932 par l’administration coloniale pour protéger les bassins versants. Entre 1994 et 1998, 564 hectares en ont été attribués en secret à soixante-quatre sociétés, soit plus de la moitié de sa surface. Le Green Belt Movement de Wangari Maathai a mené la contestation. Le 8 janvier 1999, Maathai est allée y planter des arbres et a été frappée sur place avec ses soutiens. Le 16 août 1999, le président kényan a interdit l’attribution de terres publiques et les travaux se sont arrêtés.
Une forêt de mille hectares au milieu d’une capitale existe encore parce que des gens ont accepté de se faire frapper pour elle. C’est l’inverse du récit habituel, qui situe toujours la défense des forêts très loin, dans des zones vides. Elle se joue aussi à vingt minutes d’un centre-ville. C’est à cette échelle que je cherche à écrire : des surfaces, des dates, des décisions, et ce qui a fonctionné ou non en matière de protection des espaces naturels. Les autres pages sont construites pareil, qu’il s’agisse de la déforestation dans le monde ou de ce qu’on peut faire pour protéger les forêts à son échelle.
Ce que j’écris à côté
J’écris à trois autres endroits. Altermonde Sans Frontières me tient lieu de carnet de route : les trajets, les villes, les erreurs d’itinéraire et ce que coûte réellement une vie nomade. Conservation Nature, média naturaliste auquel je contribue, est bien plus systématique que ce site puisqu’il travaille espèce par espèce. Et mon site professionnel regroupe ce que je fais pour vivre, pour ceux que la question intéresse. Aucun de ces sites n’a de calendrier de publication : j’y ajoute une page quand j’ai fini de comprendre quelque chose, pas avant.
